Longtemps laissée en suspens, la question du périmètre du corpus de motets à éditer dans le cadre du projet « Vitry » ne pouvait pas rester sans une réponse au moins provisoire.

S’il fallait aujourd’hui ne conserver que des pièces dont l’attribution est solide, autrement dit corroborée par plusieurs mentions indépendantes remontant au xive siècle, notre travail éditorial se réduirait à peu de chose : il n’est pas certain qu’un seul des motets traditionnellement attribuées à Philippe résisterait à ce critère.

Notre approche est différente : depuis 1956, nous disposons d’un volume, dû à Leo Schrade et paru aux éditions de L’Oiseau-Lyre, qui présente une sélection de quatorze motets plus ou moins attribuables à l’évêque de Meaux. Largement diffusée et enregistrée, cette première collection s’est imposée comme une vulgate dont nous n’entendons pas remettre en question la composition, au nom de critères qui, de toute façon, seraient contestables. C’est donc sur cette série qu’a porté la première étape de notre travail. Nécessitant la saisie d’une soixantaine de sources, elle est aujourd’hui virtuellement terminée !

Mais nous n’en resterons pas là : après Schrade, un certain nombre de musicologues ont proposé d’enrichir le corpus vitrien de diverses pièces dont, par exemple, le Grove Dictionary dresse la liste, en attendant la monographie d’Anna Zayaruznaya, actuellement en préparation. Sur la base d’une telle liste, aussi sujette à caution que l’était celle de Schrade, nous envisageons de faire grandir notre corpus initial qui pourrait, à terme, dépasser la trentaine de pièces.

Cette attitude « accueillante », qui n’implique nullement de notre part une adhésion de principe à tous les critères d’attribution utilisés, nous paraît néanmoins à la fois pragmatique et utile, ne serait-ce que parce qu’elle augmentera le volume de données à disposition. À ce jour, il nous paraît assez illusoire de prétendre juger de la « vitricité » d’une pièce sur la base de critères stylistiques : non seulement, il n’existe aucun corpus de référence à l’aune duquel on pourrait mesurer une ou plusieurs pièces candidates, mais encore, la stylométrie musicale nous paraît à ce point balbutiante qu’il est douteux qu’elle puisse déboucher sur le moindre critère fiable. Tout au plus peut-on espérer que, une fois l’encodage réalisé, une analyse statistique permettra de distinguer, au sein de la collection, quelques groupes de pièces ayamt certaines caractéristiques en commun.