Loin de se limiter à l’édition musicale, le projet Vitry affiche depuis ses origines l’amition de parvenir à une meilleure compréhension et à une traduction cohérente des textes des motets. Encore fallait-il pour cela dénicher des spécialistes prêts à travailler en interdisciplinarité sur des poèmes qui ont pu échapper à l’attention des médiolatinistes pour la seule raison qu’ils nous sont transmis par des manuscrits musicaux.

Avec Pascale Bourgain et Cédric Giraud, il était difficile de faire un meilleur choix. Tombés dans le traquenard que nous leur avions tendu en un Royaumont transformé, pandémie oblige, en forteresse sanitaire, ils se sont très vite piqués au jeu et ont travaillé jour et nuit pour nous permettre, sur la base de toutes les sources à disposition, d’établir le texte, ou plutôt les textes, des treize motets en latin qui, édités par Schrade, constituent le noyau de notre corpus. Suspendus à leurs lèvres, nous n’avions alors plus qu’à cueillir au vol une traduction qui se révèle aussi simple que miraculeuse de clarté :

À quoi sert de savoir le nouveau et l’ancien ?
L’argent peut tout donner et adoucit les difficultés.
Nul ne demande en vain qui offre des présents.
Vaines sont les prières lorsque la main est vide
1.

D’un point de vue strictement littéraire, une certaine cohérence se dégage du tout, qui donne l’impression qu’un poète de qualité peut se cacher derrière la plupart des textes étudiés.

L’édition diplomatique des poèmes de chacun des manuscrits avait été établie en amont par Christelle Cazaux-Kowalski, membre permanente de l’équipe du projet qui, pour des raisons familiales et sanitaires, intervenait à distance. Retenus chez eux pour des raisons analogues, Franz Dolveck et André Hurst ont contribué, par visioconférence, à la réussite de ce séminaire.

Visiblement peu traumatisés par l’expérience, les participants se sont d’ores et déjà déclarés partants pour une seconde session qui se tiendra, toujours dans le cadre somptueux de l’abbaye de Royaumont, en février 2022. Il s’agira de répéter toute l’opération pour un autre contingent de motets qui, postérieurement au travail de Schrade, ont pu être attribués, avec des degrés de certitude assez variables, à Philippe de Vitry.


  1. Motetus de « Quid scire proderit » ↩︎